Ce que l'OMS dit directement aux praticiens
Le guide introductif de l'OMS Europe (novembre 2023) ne s'adresse pas au grand public. Sa cible explicite, c'est "les personnes responsables de la conception, la prestation ou la commande de services d'éducation thérapeutique du patient". Autrement dit : les soignants qui font, les équipes qui organisent, les responsables qui financent.
L'OMS pose une exigence claire : l'ETP doit être "dispensée par des professionnels de santé qualifiés, adaptée au patient et à sa maladie". L'adaptation est le mot-clé. Une démarche ETP standardisée à l'excès, qui ne tient pas compte de la personne en face, rate son objectif. Ce n'est pas de l'information médicale diffusée à flux continu, c'est un apprentissage centré sur une personne spécifique avec une maladie spécifique et un contexte de vie spécifique.
Source : OMS/Europe, novembre 2023
Les compétences requises selon le cadre légal français
La loi HPST et ses textes d'application précisent que la pratique de l'ETP requiert des compétences dans trois domaines : les compétences biomédicales (connaissance de la pathologie et de ses traitements), les compétences relationnelles (écoute, communication, prise en compte des représentations du patient), et les compétences pédagogiques et d'animation (capacité à construire une séance, à adapter le discours, à évaluer les acquis).
La formation spécifique ETP est donc requise. Elle peut prendre plusieurs formes selon les dispositifs régionaux. Certaines ARS proposent des parcours de formation financés. Des organismes de DPC (Développement Professionnel Continu) proposent des modules ETP éligibles aux obligations de formation des professionnels de santé.
Ce n'est pas un obstacle rédhibitoire. Mais c'est une réalité : intégrer l'ETP dans une pratique demande un investissement initial en formation que tout praticien ne peut pas toujours dégager seul.
Deux niveaux de pratique, selon les ressources disponibles
Niveau 1 : sans programme formel
Un soignant qui n'a pas le temps, les ressources ou l'équipe pour monter un programme autorisé par l'ARS peut quand même améliorer concrètement la transmission d'information à ses patients chroniques. Les outils disponibles à ce niveau :
- Des fiches pédagogiques remises en consultation, adaptées à la pathologie et au niveau de littératie du patient
- Des questions ouvertes en consultation pour explorer les représentations du patient ("Comment vous représentez-vous votre traitement ?", "Qu'est-ce qui vous semble le plus difficile à tenir ?")
- Une orientation vers des associations de patients agréées, qui peuvent prendre en charge une partie de l'accompagnement éducatif
- L'utilisation de supports numériques validés par des équipes médicales
Ces actions ne constituent pas de l'ETP au sens légal du terme, elles ne sont pas financées comme telles, et elles ne dispensent pas d'un programme formel pour les patients qui en auraient le plus besoin. Mais elles changent la qualité de la relation thérapeutique, et elles réduisent le temps passé à répéter les mêmes explications.
Niveau 2 : avec un programme ETP autorisé
Pour les équipes qui veulent s'engager dans un programme formel, la démarche est balisée par la HAS. Elle passe par :
- 1 Diagnostic éducatif Identifier les besoins, les représentations, les ressources et les obstacles propres à chaque patient. Ce premier temps est fondamental : un programme ETP construit sans diagnostic éducatif préalable ne s'adapte à personne.
- 2 Définition des objectifs Co-construire avec le patient des objectifs de compétences : ce qu'il doit savoir faire, pas seulement ce qu'il doit savoir. La HAS distingue compétences d'auto-soins et compétences d'adaptation.
- 3 Séances éducatives Individuelles ou collectives selon le contexte. L'OMS insiste sur la nécessité d'une approche centrée sur la personne : pas de séance standard appliquée à tous, même si le fond médical est identique.
- 4 Évaluation des acquis Mesurer ce que le patient a effectivement retenu et intégré. Pas un QCM de fin de séance, mais une évaluation des compétences réelles sur la durée.
Ce qui bloque vraiment : la question du temps
Les praticiens qui lisent ce guide connaissent déjà l'obstacle principal. Le temps de consultation. Un médecin généraliste dispose en moyenne de 17 à 20 minutes par consultation en France. Dans ce temps, il faut évaluer, prescrire, expliquer, et gérer la relation. L'ETP formelle, au sens où l'OMS et la loi l'entendent, ne rentre pas dans ce format.
C'est structurel. Et c'est pourquoi la réponse ne peut pas être "faites plus d'ETP dans la consultation". Elle doit être : "déléguez, outillez, ou orientez vers les structures qui peuvent prendre le relais".
La délégation vers des infirmières de coordination ou des éducateurs en santé est une piste. L'orientation vers des programmes en ville (quand ils existent) en est une autre. L'outillage, avec des supports pédagogiques robustes qui font une partie du travail éducatif entre les consultations, en est une troisième.
Recommandations HAS ETP
Ce que MediScribe produit pour les praticiens
MediScribe produit des fiches ETP structurées, par pathologie, adaptées au niveau de lecture des patients, et validées médicalement avant livraison. Ce ne sont pas des brochures génériques : elles sont construites sur les recommandations HAS, elles intègrent les données épidémiologiques pertinentes, et elles sont lisibles par un patient sans formation médicale.
Elles ne remplacent pas un programme ETP autorisé. Elles répondent à un vide différent : l'absence de supports pédagogiques utilisables immédiatement, dans une consultation standard, sans organisation supplémentaire.
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Sources
- OMS/Europe. Éducation thérapeutique du patient : guide introductif. Novembre 2023. who.int/europe
- Haute Autorité de santé. Éducation thérapeutique du patient. Mis en ligne le 19 juin 2014. has-sante.fr
- Loi n°2009-879 du 21 juillet 2009. Articles L1161-1 à L1161-6 CSP. legifrance.gouv.fr